Pardonner et oublier

J’aimerais vous raconter une histoire sur le pouvoir du pardon. Ca a commencé lorsque j’ai dû faire face au plus gros refus de pardonner que j’aie jamais éprouvé.

Après être sortie avec moi pendant quatre ans, ma fiancée m’a dit qu’elle ne voulait finalement pas se marier. J’ai ressenti cette décision comme une injustice. Je n’ai pas eu le choix – je n’ai pas eu mon mot à dire. En plus, ça m’est tombé dessus sans prévenir.

Ca a été une vraie lutte intérieure. J’étais furieux, et je me battais avec un sentiment d’intense solitude et d’inutilité. J’avais aimé cette fille tendrement pendant très longtemps, mais après notre séparation, elle me paraissait si cruelle. En tout cas, c’était ce que je ressentais à ce moment-là, et je ne parvenais pas à faire coïncider les deux images que j’avais d’elle.

Les médecins ont diagnostiqué une dépression, entre autres choses. J’ai envisagé de me suicider. Plusieurs fois, j’ai appelé « SOS suicide » au milieu de la nuit.

Je me rappelle précisément le moment où tout a commencé à changer. J’étais sorti au milieu d’un cours, parce que je commençais à éprouver les symptômes d’une crise de panique. Je suis rentré dans ma chambre, à la cité universitaire, et j’ai téléphoné à des amis. Personne ne répondait. Même pas mes parents, ce qui était inhabituel. Après avoir essayé au moins 30 numéros différents, j’ai abandonné et je me suis mis à pleurer.

Mary Baker Eddy écrit : « L’existence vous semblerait-elle vide sans amis personnels ? Alors le temps viendra où vous serez dans l’isolement, privé de toute sympathie… » 1 Ce passage a pris une nouvelle signification pour moi ce soir-là. Il était devenu douloureusement concret.

Plus tard, ressentant toujours un besoin urgent de parler à quelqu’un – n’importe qui – j’ai pensé à mon ancien moniteur de l’école du dimanche. Il était déjà 23h30, mais je me sentais si désespéré que j’ai laissé de côté les usages.

Je l’ai réveillé. Il m’a assuré que ce n’était pas grave. Alors, j’ai tout déballé durant dix ou quinze minutes. Il m’a écouté calmement et patiemment. Finalement, il m’a posé une question déroutante : « Est-ce que tu l’aimes suffisamment pour oublier tout ça ? »

La question m’a cloué sur place. Je n’avais jamais envisagé d’oublier. C’est elle qui était partie, et voilà pourquoi j’étais si en colère. En plus, cet amour que nous partagions comptait beaucoup pour moi. Comment pouvais-je oublier tout ça et faire comme si ça ne représentait rien ? J’ai continué d’argumenter et de tourner autour du pot pendant dix autres minutes.

Alors il m’a à nouveau posé la même question : « Est-ce que tu l’aimes suffisamment pour oublier ? » La seule réponse qui m’est alors venue à l’esprit a été : « Je ne me suis jamais imaginé qu’il le fallait. » Un long silence. Puis il m’a répondu : « Je sais… moi non plus. »

J’ai immédiatement compris de quoi il parlait. Et c’était quelque chose de bien plus profond que mon bavardage embarrassé. Il faisait allusion à sa femme, à laquelle il avait été marié pendant plus de vingt ans, et qui était décédée brutalement, il y avait quelques années de cela. Quand je pense à cette femme, c’est toujours comme à quelqu’un de chaleureux, d’encourageant, de bienveillant et de joyeux. Je ne parvenais pas à imaginer à quel point ça avait dû être difficile pour lui de la perdre. Je me suis donc tu. Que pouvais-je dire?

Il a parlé encore un moment, me donnant gentiment quelques conseils. Et après avoir raccroché, j’ai fini par comprendre le sens de sa question, qui m’avait semblé si terrible. J’ai réalisé, pour la première fois depuis des mois, que m’accrocher au passé, c’était manquer d’amour envers mon ex. Ça ne m’aidait pas non plus. Oublier était probablement ce qu’il y avait de plus aimant à faire pour tous les deux.

Pour moi, à ce moment précis, c’était une idée tout à fait révolutionnaire. J’ai réalisé que je n’avais pas besoin de cesser d’aimer mon ex, ce qui me faisait peur. Je pouvais continuer de l’aimer d’une façon beaucoup plus profonde en soutenant le choix qu’elle avait fait d’aller de son côté. J’ai décidé sur le champ de lui pardonner complètement. Et pour la première fois, il s’agissait de ma décision, et non plus d’une décision qu’on me forçait à accepter.

Je me suis réveillé le lendemain matin en me sentant plus libre et plus vivant que je ne l’avais été depuis notre séparation. J’ai appelé mon ex, et pour la première fois depuis des mois elle a décroché le téléphone. Je l’ai invitée à me rejoindre au café, et elle a accepté. Rien que ça, c’était incroyable.

Une fois là-bas, je lui ai dit que je lui avais sincèrement pardonné, et je lui ai souhaité d’être heureuse. Pendant notre conversation, elle a commencé à se sentir un peu mal vis-à-vis de la façon dont elle m’avait traité. Ca aussi, c’était incroyable. Lorsque je n’avais plus besoin d’entendre ses excuses, c’est là qu’elle me les présentait.

Honnêtement, nous nous sommes encore disputés plusieurs fois après ce rendez-vous, et nous avons donc décidé de ne plus rester en contact. Mais nous avons pris cette décision d’un commun accord, d’égal à égal, pas de façon égoïste. Et avec le temps, tous les diagnostics qui m’avaient fait si peur se sont évanouis dans leur « néant primitif » . 2

Cette expérience a représenté un grand tournant dans ma vie. J’ai appris pour la première fois ce que le vrai pardon signifie – et j’ai vu avec quelle douceur il ouvre la porte à la guérison.

Par Gordon Myers

Notes:

  1. Science et Santé, p.266
  2. Science et Santé, p.365

Comments

  1. merci says:

    Merci pour ce très beau témoignage. Je l’ai mis en favoris et je le relis de temps en temps. Merci pour tout ceux que ça a pu aider.

    :)

  2. Zack says:

    Habla Ingles? No hablo frances.

  3. Peter says:

    Bravo, Gordon.  Une très belle histoire :)

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